Nous sommes producteur·trice·s et distillateur·trice·s de plantes aromatiques, entre Loire et Puy-de-Dôme. Une loi qui touche à l’eau, aux pesticides ou aux terres agricoles nous concerne directement : c’est avec ces récoltes que nous fabriquons nos huiles essentielles et nos hydrolats. Voici, avec nos mots, ce qui nous inquiète dans ce texte.

Ce qu’il faut retenir en 5 points

  • Des fermes toujours plus grandes : le modèle agro-industriel continue de prendre le pas sur l’agriculture paysanne, avec des fermes-usines qui prennent la place des petites exploitations. C’est aussi le combat de la Confédération paysanne et de Terre de Liens, qui aident les nouveaux et nouvelles paysan·ne·s à s’installer sur des terres préservées.
  • Le retour de deux pesticides interdits : la loi autorise, sous conditions, l’acétamipride et le flupyradifurone, deux néonicotinoïdes. L’Ordre des médecins et plusieurs sociétés savantes demandaient leur interdiction, rappelant le danger pour les pollinisateurs — dont dépendent aussi nos cultures. France Nature Environnement et Greenpeace France tirent la même sonnette d’alarme : nos plantes ont besoin d’une eau propre et de zones humides en bonne santé pour pousser.
  • Des risques pour la santé : être exposé longtemps à ces produits n’est bon ni pour les agriculteur·rice·s, ni pour les personnes qui consomment les récoltes.
  • Toujours pas de revenu garanti : aucun prix plancher obligatoire n’a été retenu, alors que beaucoup de familles paysannes vivent sous le seuil de pauvreté. LFI et Les Écologistes l’ont réclamé en vain à l’Assemblée.
  • Des règles assouplies pour de grands intérêts : plusieurs allègements profitent d’abord aux grandes filières, au détriment de notre autonomie alimentaire et de la qualité de ce que nous mangeons.

Ce qu’on entend sur nos chemins

Sur les marchés et dans les fermes autour de nous, la demande est simple : pouvoir vivre de son travail. Mais cette détresse ne semble pas être entendue. On nous promet de la « simplification », pensée d’abord pour les grandes filières et les lobbies agro-industriels.

Souvent, les agriculteurs sont étouffés par les dettes, pris dans un système qui pousse à produire toujours plus pour gagner toujours moins — sans laisser de place pour penser l’avenir face au climat qui change. Sur notre ferme, nous essayons de montrer qu’une autre voie existe : production raisonnée, vente en circuit court de nos huiles essentielles et hydrolats. Un modèle qui respecte les ressources et qui rémunère justamente le travail (pas encore suffisamment quand même !). Mais ce modèle reste absent des choix faits dans cette loi.

De quelle urgence parle-t-on vraiment ?

Cette loi devait, en théorie, protéger le vivant et l’avenir de celles et ceux qui nous nourrissent. Dans les faits, elle a surtout répondu aux attentes d’un modèle économique qui produit toujours plus, sans repenser en profondeur la manière dont on utilise l’eau ou la terre.

L’adaptation au changement climatique, pourtant essentielle pour nos sols et notre eau, est quasiment absente du texte. Cela nous touche directement : distiller nos huiles essentielles et nos hydrolats demande une eau de qualité, tout comme cultiver nos plantes. Or la loi mise avant tout sur de nouvelles infrastructures de stockage, sans vraiment revoir les usages à la source. Ce sont les petites fermes comme la nôtre qui risquent de payer le prix d’une ressource de plus en plus rare.

Ce en quoi nous croyons

En tant que paysan·ne·s et citoyen·ne·s, nous croyons qu’une terre nourricière ne se gère pas à coups de décrets décidés loin du terrain. Elle se cultive dans le respect du vivant, du juste prix et de la dignité de celles et ceux qui la travaillent.

« Il y a urgence, pour les paysan·ne·s comme pour les citoyen·ne·s, à reprendre la main sur notre agriculture et notre souveraineté alimentaire. »

Se rassembler pour peser

Notre rôle de paysan·ne·s et de citoyen·ne·s dépasse nos champs. Comme le rappelle régulièrement Reporterre, le changement vient rarement d’en haut : il vient du terrain, et de la solidarité entre celles et ceux qui le travaillent.

Garder cet espace de réflexion, c’est aussi appeler à une union entre le monde paysan, la société civile — Terre de Liens, les associations de protection de la nature — et toutes celles et ceux dont la santé et l’environnement sont concernés. C’est ensemble — producteur·trice·s d’huiles essentielles, maraîcher·ère·s, éleveur·se·s, citoyen·ne·s — que nous pourrons peser sur ces décisions.

Vos questions sur la loi d’urgence agricole 2026

C’est quoi, la loi d’urgence agricole 2026 ?

C’est un texte voté par le Parlement le 21 juillet 2026 et promulgué le 18 août, après validation quasi complète par le Conseil constitutionnel. Le gouvernement le présente comme une réponse rapide aux crises agricoles. Plusieurs collectifs, dont la Confédération paysanne, estiment au contraire qu’il est taillé pour l’agro-industrie plutôt que pour les vrais problèmes de fond.

Pourquoi pose-t-elle problème pour l’environnement ?

France Nature Environnement et Greenpeace France pointent son impact sur l’eau et les zones humides, notamment via de nouvelles infrastructures de stockage contestées — une ressource dont dépendent aussi les petites filières de plantes aromatiques, comme la nôtre.

Est-ce que la loi améliore le revenu des agriculteur·rice·s ?

Non. Elle ne prévoit pas de prix planchers obligatoires, alors qu’une part importante des ménages agricoles vit sous le seuil de pauvreté. C’était pourtant une demande portée par LFI et Les Écologistes.

Quel est le lien avec notre souveraineté alimentaire ?

Pour ses opposant·e·s, encourager l’agrandissement des fermes fragilise notre autonomie alimentaire sur le long terme. Terre de Liens défend l’idée inverse : la vraie souveraineté passe par des fermes à taille humaine, paysannes et locales — comme celles qui cultivent et distillent elles-mêmes leurs huiles essentielles et hydrolats bio.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

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