Vie ma vie de paysan-distillateur : Deux jours de cueillette sauvage du Laser de France dans les Alpes de Haute-Provence

Vie ma vie de paysan-distillateur : Deux jours de cueillette sauvage du Laser de France dans les Alpes de Haute-Provence

Il est des moments dans l’année où le temps semble s’accélérer, suspendu au rythme de la nature. Dès lors que le moi de juin se termine, il est l’heure pour nous d’une aventure de quelques jours: quitter temporairement notre chère Auvergne pour rejoindre les reliefs accidentés de la Haute-Provence, précisément à Thoard, non loin de Sisteron. Notre mission ? La cueillette sauvage d’une plante aussi majestueuse que méconnue, le Laser de France (Laserpitium gallicum), destinée à donner naissance à une huile essentielle bio d’une puissance thérapeutique et olfactive rare. Installez-vous confortablement, nous vous embarquons avec nous dans ce voyage au cœur du terroir alpin, entre rigueur technique, passion botanique et pure sensation de liberté.

La quête du juste timing : Pourquoi fin juin est la période idéale

Quand on pratique la cueillette sauvage de manière éco-responsable et professionnelle, le calendrier n’est pas simple à prévoir . Il s’impose par l’observation minutieuse des plantes. Les années précédentes, nos expéditions à Thoard, avaient lieu plus tard dans la saison, quasiment 2 semaines après. Le constat était sans appel : les chaleurs précoces de la région avaient rendu les plantes bien trop matures, elles avaient déjà dispersé une grande partie de leurs précieuses graines avec le vent. Cette année, nous avons réajusté notre tir pour partir dès la fin du mois de juin. Un choix payant.

Sur place, la maturité des ombelles est idéale. On y retrouve une configuration similaire à celle de la Carotte sauvage (Daucus carota) au moment de sa récolte : un parfait équilibre entre graines brunes, gorgées de soleil et arrivées à point, et graines vertes, encore riches en essences volatiles fraîches. C’est ce savant « mix » qui confère à l’huile essentielle Laser de France toute sa complexité et sa rondeur aromatique.

La cueillette des plantes autour de notre ferme en Auvergne est facilitée par la proximité immédiate: pour les culture, il nous suffit de franchir la porte de la distillerie, pour les cueillettes sauvages, un coup de camion et c’est bon. Pour la cueillette sauvage, un peu loin, c’est un défi logistique et d’anticipation bien plus complexe. Nous sommes loin de nos repères auvergnats, mais l’expérience du terrain acquise au fil des ans guide nos pas. De plus notre aide sur place est précieuse.

Des sommets familiers : Du Thym à linalol de mai à l’intensité du Laser de France

Le village de Thoard et ses environs ne nous sont pas totalement inconnus. C’est un écrin de biodiversité exceptionnel où nous avons nos habitudes dès le printemps. Début mai, c’est ici que nous venons pour faire la cueillette du Thym à linalol. Mais, fin juin, le paysage a changé et nous voilà de retour pour le Laser de France.

Le Laser de France est une plante qui est assez méconnue, mais qui marque les esprits par un parfum très fort et très intense. Elle a une prestance magnifique. Le Laser de France pousse dans les montagnes, en plein cagnard, au milieu des cailloux et de la végétation alpine. Une vraie force de la nature qui possède une belle prestance et qui ne demande qu’à être sublimée par une distillation artisanale menée dans les règles de l’art.

L’équipement du cueilleur sous le soleil des Alpes

Pratiquer la cueillette sauvage sous le soleil de plomb des Alpes du Sud relève autant de la performance physique que du rituel. Ici, la montagne ne triche pas. Les ombelles de Laser pointent fièrement leur nez en plein cagnard, dans la pente caillouteuse, au milieu d’une végétation basse mais agressive : petites aubépines épineuses, genévriers et buissons de genêts d’Espagne.

Pour affronter ces conditions, la panoplie du distillateur-cueilleur doit être irréprochable :

  • Le short et le débardeur pour supporter la chaleur ambiante,
  • La casquette vissée sur la tête et les lunettes de soleil indispensables pour contrer la réverbération de la roche calcaire,
  • Un gant de protection épais sur la main gauche, celle qui saisira fermement la tige de la plante au milieu des ronces et des structures coriaces,
  • La faucille à dent, dans la main droite pour une coupe nette et franche, respectueuse de la plante.

Dans le dos, un drap blanc, nouée précisément, pour en faire un sac de cueillette. Chaque session de coupe nous permet d’engranger une dizaine de kilos de capitules et de graines dans le sac de cueillette. Ensuite, nous acheminons progressivement, à la sueur de notre front, vers un « spot » de centralisation les plantes cueillies. Il s’agit d’un espace plat, dégagé et ombragé. De grands draps, étalés au sol, permettre de recueillir la récolte de la journée sans abîmer les précieuses ombelles.

Une rencontre gravée dans le paysage : L’histoire de notre « spot » avec Alexandre le berger

La découverte d’une zone de cueillette sauvage abondante est toujours le fruit du hasard, de la curiosité et de belles rencontres humaines. L’histoire de ce site en est la preuve parfaite. C’est lors de notre venue pour la cueillette du thym à linalol, en mai, il y a quelques années, que tout a basculé. Nous nous trouvons sur les terres  d’Alexandre, un berger passionné dont la bergerie est installée juste en contrebas du massif. Les parcelles qu’il exploite sont en partie dédiées à de petites cultures locales et, pour la grande majorité, aux parcours de pâture de son troupeau de brebis.

Un soir, après une longue et harassante journée à cueillir le thym, nous avons décidé de nous accorder une balade de décompression. En parcourant la suite du chemin,  notre regard a été attiré, au bord du chemin, par une plante qui se différenciait bien des autres. « Tiens, on dirait bien du Laser… » dit Naïs.  En nous approchant : une plante, puis deux, puis trois, puis quatre… En nous écartant du sentier principal pour explorer les talus rocheux, l’évidence nous est apparue : le Laser de France était bien là, installé en belles colonies, préservé par le pastoralisme extensif d’Alexandre. Le rendez-vous était pris pour le mois suivant.

Éthique et liberté : L’art du ramassage sélectif et raisonné

Sur ces parcelles caillouteuses, largement en pente et peu praticables, la cueillette sauvage du Laser de France demande de la patience, car le peuplement est relativement« clairsemé ». La densité est faible, les plantes jouent à cache-cache avec le relief, ce qui nous oblige à arpenter la montagne à pied. C’est précisément dans cette itinérance que réside toute la magie de notre métier : un sentiment absolu de liberté. On avance à droite, à gauche, l’esprit et l’œil aux aguets, en se laissant guider par l’instinct et l’attraction visuelle d’une ombelle particulièrement développée. À l’image des brebis d’Alexandre, nous sélectionnons notre parcours au gré de ce que la montagne nous offre.

Cependant, liberté ne rime pas avec prélèvement aveugle. L’éthique des producteurs sous mention SIMPLES nous impose un respect strict du renouvellement de la ressource. Sur une même plante, nous ne ramassons jamais tout. D’une part, parce que toutes les ombelles n’ont pas atteint le même stade de maturité, et d’autre part, pour laisser au végétal de quoi se réensemencer naturellement pour les décennies à venir. Il faut penser que nous serons encore là, l’année prochaine. Nous choisissons uniquement les têtes florales les plus mûres, affichant ce fameux dégradé du brun foncé au vert pâle, signe d’une concentration optimale en actifs aromatiques.

Face aux éléments : Quand la météo dicte le tempo de la distillation artisanale

Au fil de la journée, alors que les draps se chargent de tiges parfumées, la fatigue physique s’installe mais la vigilance du cueilleur doit doubler. En altitude, les journées d’été commencent souvent sous un ciel d’azur d’une pureté absolue pour se terminer par des ambiances électriques. Ce jour-là, la vue était grandiose : à nos pieds s’étendaient les premiers champs de lavande fine de Provence, et à l’horizon se découpaient les chaînes alpines infinies.

Pourtant, dans le milieu de l’après-midi, le ciel a commencé à changer, se teintant d’un blanc laiteux, annonciateur des orages thermiques violents prévus pour la fin de la journée. Pour un paysan-distillateur, l’orage est une course contre la montre. Les plantes fraîchement coupées ne doivent sous aucun prétexte prendre la pluie avant de passer à la distillation.  L’eau de pluie sur les graines modifierait leur biochimie, laverait une partie des essences superficielles et compromettrait la qualité finale de l’extraction. Nous avons donc dû organiser méthodiquement le repli : conditionner la récolte à l’abri, veiller à la protection des draps, couvrir avec une bonne bâche et redescendre en bas de la montagne. Toutefois, le ciel de Sisteron n’est pas encore suffiament lisible pour nos yeux d’Auvergnat, l’orage n’est pas passé au dessus de nous, oufffff.

Les promesses de l’huile essentielle de Laser de France

Pourquoi tant d’efforts, de kilomètres et de sueur pour cette seule plante ? La réponse se trouve dans les gouttes d’or qui s’échappent de l’essencier lors de la distillation à la vapeur d’eau. L’huile essentielle bio de Laser de France est un joyau d’une efficacité thérapeutique stupéfiante. Si nous aurons l’occasion de vous détailler l’ensemble de ses propriétés scientifiques dans un prochain article, nous pouvons d’ores et déjà vous confier qu’elle possède une action sur le corps et le système nerveux d’une immédiateté rare. Pour en savoir plus et découvrir son profil, vous pouvez consulter la fiche technique complète de notre huile essentielle de Laser de France.

Sa rareté s’explique par la complexité de sa récolte et le faible rendement de la plante. Chaque flacon est le témoin direct de ces deux jours passés sur les hauteurs de Thoard. Pour enrichir votre regard sur cette plante fascinante, nous vous invitons également à visionner ce reportage vidéo de Phytogenfi sur le Laser de France, qui illustre à merveille cette plante.

En ramenant ces essences dans nos flacons, nous rapportons un peu de la chaleur des Alpes, de la bienveillance d’Alexandre qui nous aide à redescendre les plantes, et de cette liberté sauvage indispensable à l’authenticité de notre démarche. Merci de partager cette aventure avec nous, et à très bientôt autour de l’alambic !

Paysage de montagne à Thoard près de Sisteron lieu de cueillette sauvage du Laser de France avec champs de lavande au loin.
Le site de cueillette sauvage du Laser de France à Thoard (Alpes de Haute-Provence), sur les parcelles pastorales du berger Alexandre.

FAQ – En savoir plus sur le Laser de France et la cueillette sauvage

Qu’est-ce que le Laser de France et où pousse-t-il ?

Le Laser de France (Laserpitium gallicum) est une plante vivace de la famille des Apiacées. Elle pousse à l’état sauvage dans les zones de montagne ensoleillées et rocailleuses, notamment dans les Alpes et les Pyrénées, à des altitudes moyennes à élevées (autour de 900m à Thoard).

Comment garantissez-vous la durabilité de la cueillette sauvage ?

En tant que membres du syndicat SIMPLES, nous appliquons une charte stricte de cueillette éco-responsable. Nous ne prélevons jamais la totalité des plantes d’une zone (maximum 30% à 50% selon les espèces) et nous trions chaque ombelle pour laisser une partie des graines mûres assurer la régénération naturelle du site.

Quels sont les bienfaits de l’huile essentielle bio de Laser de France ?

Cette huile essentielle rare est réputée pour sa puissance et son action quasi immédiate sur l’organisme. Elle possède d’excellentes vertus toniques, stimulantes et équilibrantes, agissant profondément sur la sphère nerveuse et physique des utilisateurs avertis.

 

 

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